| [20] Les parties et le Commissaire se sont considérés comme étant liés par la décision antérieure de la Cour dans la décision Tailleur c Canada (Procureur général), [2016] 2 RCF 415, 2015 CF 1230 [Tailleur]. Par conséquent, le demandeur a fait valoir que le paragraphe 36(2) devait être interprété de manière restrictive pour imposer aux institutions une obligation impérative de justifier toute occasion où les employés bilingues sont tenus d’utiliser la deuxième langue de leur choix [« deuxième langue »]. La justification de l’utilisation de la langue seconde obligeait l’institution à satisfaire à un critère à trois facteurs créé par la Cour, notamment celui du préjudice « suffisamment grave » aux activités de l’institution qui en résulterait autrement. Le demandeur s’est fondé sur ce raisonnement pour solliciter la dotation collatérale bilingue de postes de spécialistes supplémentaires à Toronto. |
[20] The Parties and Commissioner considered themselves bound by this Court’s earlier decision in Tailleur v Canada (Attorney General), [2016] 2 FCR 415, 2015 FC 1230 [Tailleur]. Accordingly, the Applicant argued that section 36(2) must be strictly interpreted to impose a peremptory duty on institutions to justify any occasion when bilingual employees are required to use their second language of choice [“second language”]. Justification of the use of second language required the institution to meet a three factor test created by the Court, including that “significantly serious” detriment to the operations of the institution would otherwise result. The Applicant relied upon this reasoning in seeking the collateral bilingual staffing of additional specialist positions in Toronto. |
| [22] Les parties ne s’entendaient pas sur la question de savoir si la Cour devait tenir compte de l’article 91. J’ai provisoirement conclu que l’observation hautement circonscrite du défendeur selon laquelle l’article 91 devrait empêcher l’obligation de créer des postes de spécialistes bilingues supplémentaires à Toronto s’appliquerait de la même manière à la dotation de tous les postes de spécialistes. En conséquence, j’ai demandé aux parties de donner des orientations qui ont retardé l’achèvement de ces motifs. Les deux parties ont fait valoir que je n’avais pas la compétence pour examiner l’application de l’article 91, puisque ce n’était pas l’objet d’une plainte qui constitue le fondement de ma compétence. Le Commissaire n’a pas contesté ma compétence, mais seulement que l’article 91 n’était pas pertinent pour un certain nombre de raisons évoquées, que j’ai toutes rejetées. |
[22] There was a dispute over whether the Court should consider section 91. I tentatively concluded that the Respondent’s highly circumscribed submission that section 91 should prevent the requirement for additional bilingual specialist positions in Toronto would similarly apply to the staffing of all of the specialists positions. Accordingly, I sought directions from the parties which delayed the completion of these reasons. Both parties submitted that I did not have the jurisdiction to consider the application of section 91, as it was not the subject matter of a complaint which provides the foundation of my jurisdiction. The Commissioner did not challenge my jurisdiction, only that section 91 was not relevant for a number of reasons provided, all of which I rejected. |
| [23] J’ai conclu que l’article 91 était très pertinent à l’interprétation du paragraphe 36(2). J’ai conclu que cette disposition incarnait le principe du mérite. Le législateur a tracé une ligne de démarcation fondée sur le mérite, indiquant que l’application des dispositions des parties IV et V ne devrait avoir aucune incidence sur la dotation en personnel des postes, à moins que cela ne soit nécessaire pour l’exercice de leurs fonctions. Cela signifie que les milieux de travail dans les régions bilingues comprendront dans une certaine mesure un mélange d’employés bilingues et unilingues, ce qui signifie également que les employés bilingues devront appliquer leurs compétences bilingues pour répondre aux besoins de leurs collègues unilingues. |
[23] I concluded that section 91 was highly relevant to the interpretation of section 36(2). I concluded that the provision was the embodiment of the merit principle. Parliament has drawn a bright line based on merit indicating that the application of the provisions in Parts IV and V should have no bearing on the staffing of positions unless required for the performance of the positions. This means that work environments in bilingual regions will in some degree comprise a mixture of bilingual and unilingual employees, further meaning that bilingual employees will be required to apply their bilingual skills to accommodate their unilingual colleagues. |
| [26] À cet égard, je conclus que le premier objectif du milieu de travail, à savoir, être propice à l’usage effectif des deux langues officielles, devrait bénéficier d’une certaine priorité par rapport à l’objectif de permettre [« accommodate »] l’usage, lorsque le choix se présente. Cela reflète le besoin essentiel d’un effectif bilingue et l’objectif à long terme de créer des milieux de travail en large mesure bilingues dans les régions bilingues afin que les institutions fédérales puissent fonctionner correctement tant dans les régions bilingues et que dans les régions unilingues. Je recommande également aux institutions d’envisager des mesures technologiques et d’autres mesures pour alléger le fardeau supplémentaire imposé par le travail dans les deux langues, ce qui n’est nullement reflété dans la prime au bilinguisme. |
[26] In this regard, I conclude that the first objective of work environments, that of being conducive to the effective use of both languages, should be accorded a degree of priority over the accommodation objective when presented with the choice. This reflects the essential need for a bilingual workforce and the longer-term goal of achieving highly bilingualized work environments in bilingual regions for federal institutions to properly function in both bilingual and unilingual regions. I also recommend that institutions consider technological and other measures to alleviate the extra burden imposed by working in two languages, which in no way is reflected by the bilingual bonus. |
| [27] Bien que pertinente pour les employés travaillant dans des régions désignées différemment, la question des communications entre régions bilingues et unilingues n’a pas été traitée de manière significative dans la présente instance. Je conclus que, dans la plupart des cas, les employés des régions bilingues doivent utiliser la langue des employés unilingues dans les régions unilingues. Dans la plupart des cas, il est entendu que les communications ne concernent pas uniquement les individus, mais sont destinées à être partagées dans un milieu de travail avec d’autres employés. Cela rend l’exigence de traduction dans une région unilingue inutile sur le plan opérationnel par rapport à l’utilisation des compétences bilingues de l’employé dans une région bilingue. |
[27] Although relevant to employees working in differently designated regions, the issue of communications between bilingual and unilingual regions was not meaningfully addressed in the proceedings. I conclude that in most cases employees in bilingual regions are required to use the language of unilingual employees in unilingual regions. In most cases it is understood that communications are not just with individuals, but are intended to be shared in work environments with other employees. This makes the requirement for translation in a unilingual region operationally wasteful in comparison with the use of the bilingual skills of the employee in a bilingual region. |
| [28] On présume également que les régions bilingues et unilingues reflètent les compétences linguistiques des employés de ces régions, de sorte que le législateur souhaitait que les employés bilingues communiquent dans la langue des employés unilingues dans une région unilingue, sans laquelle aucune communication ne pourrait avoir lieu. |
[28] There is also the presumption that bilingual and unilingual regions reflect the linguistic skills of employees’ in those regions, such that Parliament intended that bilingual employees will communicate in the language of unilingual employees in a unilingual region, without which communications cannot occur. |
| [29] En outre, comme le relève le demandeur dans son recours en faveur de la dotation bilingue des postes de collègues spécialistes, il s’agirait d’un exercice de dotation collatérale bilingue non autorisé, non fondé sur le mérite aux termes de l’article 91, qui s’applique à tous les postes dans les institutions fédérales. |
[29] In addition, as noted by the Applicant’s remedy seeking the bilingual staffing of the specialist co-worker’s positions, this would be an exercise of impermissible collateral bilingual staffing, not based on merit under section 91, which has application to all positions in federal institutions. |