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AB v Territoires du Nord-Ouest (Éducation, Culture et Formation), 2019 NWTSC 25

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canlii.ca/t/jhwqz
Northwest Territories
Supreme Court
[16]         L’article 23 de la Charte accorde aux parents appartenant à la minorité linguistique de leur province ou territoire le droit à l’enseignement dispensé dans leur langue pour leurs enfants.  [16]         S. 23 of the Charter grants parents belonging to the linguistic minority population of their province or territory the right to have their children educated in their language.
[17]         Cette garantie constitutionnelle « vise à maintenir les deux langues officielles du Canada ainsi que les cultures qu’elles représentent et à favoriser l’épanouissement de chacune de ces langues » : Mahe c. Alberta, 1990 CanLII 133 (CSC), [1990] 1 R.C.S. 342, à la p. 362. L’article 23 comporte un aspect réparateur et ne doit pas être interprété de manière restrictive.  [17] This constitutional guarantee “is to preserve and promote the two official languages of Canada, and their respective cultures, by ensuring that each language flourishes” (Mahe v. Alberta, [1990] 1 S.C.R. 342, at p. 362). S. 23 has a remedial aspect and should not be given a narrow construction.

[18]         En l’espèce, les parents de W.B. ne sont pas des ayants droit en vertu de l’art. 23 de la Charte. Ils n’ont donc aucun droit d’accès aux écoles de la minorité en vertu de l’art. 23. Néanmoins, rien n’empêche une province ou un territoire d’établir un mécanisme par lequel des non-ayants droit peuvent être inscrits dans les écoles de la minorité: voir Mahe, à la p. 379; Commission scolaire francophone du Yukon, district scolaire #23 c. Yukon (Procureure générale), 2015 CSC 25, [2015] 2 R.C.S. 282, au para. 70 [CSFY].  [18] In this case, W.B.’s parents are not rights holders under s. 23 of the Charter. Therefore, they do not have access to minority language schools under s. 23. However, there is nothing to prevent a province or territory from establishing a mechanism through which non–rights holders may be enrolled in minority language schools (see Mahe, at p. 379; Yukon Francophone School Board, Education Area #23 v. Yukon (Attorney General), 2015 SCC 25, [2015] 2 S.C.R. 282, at para. 70 [YFSB]).
[25]         Un parent qui souhaite inscrire son enfant à un programme d’enseignement en français doit fournir certains documents à l’administration scolaire. La CSFTNO évalue d’abord les compétences linguistiques de l’enfant et détermine si son admission aura une incidence sur la qualité et la prestation du programme d’enseignement. Elle fournit une recommandation à la Ministre quant à l’approbation ou au rejet de la candidature de l’enfant. [25] A parent wishing to enrol their child in a French first language education program must provide certain documentation to the school administration. First, CSFTNO assesses the language skills of the child to determine the impact of the admission of the child on the quality and delivery of the education program. It then makes a determination on whether the application should be recommended to the Minister for approval.
[26]         Lorsque la CSFTNO recommande l’approbation d’une candidature, la Ministre procède à une seconde évaluation du dossier. Selon la Directive, l’approbation de la Ministre « dépend de l’exhaustivité de la documentation fournie, de l’évaluation des compétences linguistiques de l’enfant réalisée par la CSFTNO, de la capacité actuelle de l’école visée et de tout autre élément pertinent ».  [26] Where CSFTNO recommends the approval of the application, the application is further assessed by the Minister. The Directive states that the Minister’s approval “will be based on whether the correct documentation has been provided in full, the assessment of CSFTNO with respect to language skills, the current capacity of the school and any other relevant considerations”.
[35]         Les requérantes soutiennent que la Directive doit être appliquée de manière cohérente avec l’art. 23 de la Charte et les deux autres catégories de la Directive. Les  autres catégories dans la Directive et l’art. 23 déterminent l’admissibilité des enfants selon la situation des parents. Selon l’interprétation de la Ministre, la catégorie « Nouvel arrivant » exige que l’enfant soit un immigrant. En limitant son application ainsi, la Ministre crée une distinction arbitraire entre les enfants de parents immigrants qui sont nés au Canada et ceux qui sont nés à l’extérieur du Canada. [35] The applicants maintain that the Directive must be applied in a manner that is consistent with s. 23 of the Charter and the other two streams of the Directive. The other streams in the Directive and s. 23 establish the eligibility of children based on the status of their parents. According to the Minister’s interpretation, the “new immigrant” stream requires that the child be an immigrant. By limiting its application in this way, the Minister has created an arbitrary distinction between the children of immigrant parents who were born in Canada and those who were born outside Canada.
[46]         Avant de passer à l’analyse des décisions de la Ministre, je vais adresser la pertinence de l’art. 23 dans l’exercice de sa discrétion résiduelle. La Ministre affirme qu’elle peut décider de l’admission de non-ayants droit sans égard à l’art. 23 et aux besoins de la minorité linguistique, et qu’elle pourrait même imposer une interdiction complète d’admission de non-ayants droit. Ce principe découlerait des décisions CSFY et Territoires du Nord?Ouest (Procureur général), selon lesquelles les critères d’admission de non-ayants droit peuvent être fixés par les gouvernements provinciaux et territoriaux.  [46] Before I proceed to analyze the Minister’s decisions, I will discuss the relevance of s. 23 to the exercise of her residual discretion. The Minister states that she may rule on the admission of non–rights holders without regard to s. 23 and the needs of the linguistic minority and that she could even impose a complete ban on the admission of non–rights holders. This principle allegedly results from YFSB and Northwest Territories (Attorney General), which state that the criteria for admission of non–rights holders may be set by provincial and territorial governments.
[49]         Bien que l’art. 23 confère des droits individuels, l’exercice de ces droits a « une dimension collective particulière » : Doucet-Boudreau c. Nouvelle-Écosse (Ministre de l'Éducation), 2003 CSC 62, [2003] 3 R.C.S. 3, au para. 28. L’article 23 « vise à réparer des injustices passées non seulement en mettant fin à l’érosion progressive des cultures des minorités de langue officielle au pays, mais aussi en favorisant activement leur épanouissement » : Doucet-Boudreau, au para. 27. En conséquence, l’application de cet article « touche forcément l’avenir des communautés linguistiques minoritaires » : Solski (Tuteur de) c. Québec (Procureur général), 2005 CSC 14, [2005] 1 R.C.S. 201, au para. 23.  [49] Although s. 23 grants individual rights, the exercise of these rights has “a unique collective aspect” (Doucet-Boudreau v. Nova Scotia (Minister of Education), 2003 SCC 62, [2003] 3 S.C.R. 3, at para. 28). S. 23 “is designed to correct past injustices not only by halting the progressive erosion of minority official language cultures across Canada, but also by actively promoting their flourishing” (DoucetBoudreau, at para. 27). Consequently, the application of this section “will of necessity affect the future of minority language communities” (Solski (Tutor of) v. Quebec (Attorney General), 2005 SCC 14, [2005] 1 S.C.R. 201, at para. 23).
[50]         Ainsi, les droits linguistiques, y compris l’art. 23, « doivent dans tous les cas être interprétés en fonction de leur objet, de façon compatible avec le maintien et l’épanouissement des collectivités de langue officielle au Canada [soulignements dans l’original] » : R. c. Beaulac, 1999 CanLII 684 (CSC), [1999] 1 R.C.S. 768, au para. 25.  [50] Thus, language rights, including s. 23, “must in all cases be interpreted purposively, in a manner consistent with the preservation and development of official language communities in Canada” [emphasis in original] (R. v. Beaulac, [1999] 1 S.C.R. 768, at para. 25).
[55]         En somme, la cour affirme dans CSFY que les provinces et territoires doivent assurer le respect de l’art. 23 et ne pas faire obstacle à la réalisation de son objet. Cet objet inclut l’épanouissement des collectivités de langue officielle et le développement de la communauté. Dépendamment des circonstances, cet objectif ne peut être atteint que par des efforts actifs pour contrer, dans les mots de la Cour suprême, « l’érosion historique progressive de groupes de langue officielle » : Doucet-Boudreau au para. 27. Il est possible, dans certains cas, que ce but ne puisse être atteint sans l’admission d’élèves qui ne relèvent pas directement de l’art. 23.  [55] In short, the court affirmed in YFSB that the provinces and territories must ensure compliance with s. 23 and not prevent the realization of its purpose. Its purpose includes the flourishing of official language communities and the development of the community. Depending on the circumstances, this purpose may not be achieved unless there are active efforts to counter, in the words of the Supreme Court, “the progressive erosion of minority official language cultures” (DoucetBoudreau, at para. 27). In some cases, it may not be possible to achieve this purpose without admitting students who are not directly covered by s. 23.
[65]         Je conclus donc que, dans l’exercice de son autorité d’admettre des enfants de parents non-ayants droit dans les écoles francophones des TNO, la Ministre doit atteindre un équilibre entre son pouvoir discrétionnaire et l’objectif large de l’art. 23. Elle doit tenir compte des droits protégés par la Charte, y compris les besoins de la minorité linguistique et le besoin de favoriser le maintien et l’épanouissement de cette communauté, dans l’exercice de son autorité concernant l’admission de non-ayants droit aux écoles de la minorité. Dans l’exercice de sa discrétion, la Ministre doit considérer non seulement les intérêts des TNO, y compris le coût de l’éducation en français langue première, et le meilleur intérêt de l’enfant [3], mais aussi les objectifs de l’art. 23 et les droits qu’il confère à la minorité linguistique.  [65] I therefore conclude that, in the exercise of her power over the admission of children of non–rights holder parents to French first language schools in the NWT, the Minister must strike a balance between her discretion and the broad purpose of s. 23. She must consider Charter rights, including the needs of the linguistic minority and the need to foster the preservation and development of this community, in the exercise of her power over the admission of non–rights holders to minority language schools. In exercising her discretion, the Minister must consider not only the interests of the NWT, including the cost of French first language education, and the best interests of the child,3 but also the purposes of s. 23 and the rights it grants to the linguistic minority.
[85]         En décidant si elle devrait exercer sa discrétion et accorder la demande d’admission de W.B., la Ministre devait donc, au minimum, tenir compte de la contribution qu’un élève de plus s’intégrant à la communauté franco-ténoise apporterait à la vitalité et à l’épanouissement de cette minorité linguistique. Même si les parents de W.B. ne sont pas titulaires de droits sous l’art. 23, les ayants droit sous cet article ont un intérêt à accroître le nombre d’élèves fréquentant les écoles francophones des TNO. L’importance de l’admission de non-ayants droit à l’épanouissement de la communauté francophone est d’ailleurs signalée par la Directive.  [85] In deciding whether to exercise her discretion and grant W.B.’s application for admission, the Minister should have therefore, at a minimum, considered the contribution that an additional student joining the Francophone community in the NWT would make to the vitality and flourishing of that linguistic minority. Although W.B.’s parents are not rights holders under s. 23, the rights holders under that section would benefit from increasing the number of students attending French first language schools in the NWT. Indeed, the Directive points out the importance of the admission of non–rights holders to the development of the Francophone community.
[91]         Pour ces motifs, la requête est accordée. La décision initiale de la Ministre de l’Éducation, de la Culture et de la Formation du 28 mai 2018 de refuser la demande d’admission de W.B. à l’école Allain St-Cyr et sa décision du 29 août 2018 de refuser la demande de reconsidérer son refus sont annulées. La demande d’admission de W.B. est retournée à la Ministre aux fins d’un nouvel examen, conformément aux motifs de la présente décision. Les requérantes ayant eu gain de cause ont droit à leurs dépens.  [91] For these reasons, the motion is granted. The initial decision of the Minister of Education, Culture and Employment dated May 28, 2018, to refuse W.B.’s application for admission to École Allain St-Cyr and her decision dated August 29, 2018, to refuse the request to reconsider her refusal are set aside. W.B.’s application for admission is referred back to the Minister for reconsideration in accordance with the reasons for this decision. The applicants, having succeeded, are entitled to their costs.
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