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Bilinguisme et identité : richesses et défis au Nouveau-Brunswick

mardi 16 septembre 2025

Note de l’Observatoire international des droits linguistiques.

Ce document vise à restituer les principaux points de discussion et les perspectives exprimées par les personnes participantes.

Bilinguisme et identité au Nouveau-Brunswick : richesse et défis au Nouveau-Brunswick

Contexte

Le 10 septembre 2025, l’association Parole du coin a organisé, à l’Université de Moncton, un panel de discussion sur le thème « Bilinguisme et identité : richesses et défis au Nouveau-Brunswick ». L’événement, auquel l’Observatoire international des droits linguistiques a pris part, a réuni un public diversifié : étudiants, membres des communautés acadienne et anglophone, ainsi que de nombreux francophones et anglophones issus de l’immigration.

Points saillants des échanges

Les discussions ont mis en lumière la complexité des trajectoires identitaires dans un contexte officiellement bilingue :

  • Pluralité des expériences linguistiques :

En guise d’introduction, les panelistes ont exposé leur histoire et leur rapport aux différentes langues officielles. Les débats furent ouverts et les personnes participantes prirent la parole pour exposer leur point de vue ou pour rebondir sur ce qui fut dit précédemment. Il est ressorti des échanges qu’en arrivant dans la province, certains nouveaux arrivants étaient déjà bilingues ou multilingues et qu’ils avaient un rapport à l’une ou l’autre des langues officielles, influencé par l’histoire de leur pays d’origine. Ces personnes ont expliqué avoir découvert peu à peu, et avec étonnement, les réalités locales du bilinguisme, parfois marquées par des tensions héritées de l’histoire canadienne.

  • Services publics / Entreprises privées :

En évoquant la vie quotidienne et les besoins des personnes à Moncton et dans sa région, il est apparu que les nouveaux arrivants francophones se heurtaient souvent à la barrière de la langue anglaise. Il faut rappeler que la loi garantit le droit d’être servi en français ou en anglais dans le secteur public partout au Nouveau-Brunswick[1]. Pour sa part, le secteur privé n’est pas sujet a cette même obligation et Moncton et sa région accordent une plus large part à l’anglais. À l’inverse, dans la Péninsule acadienne, le français est la langue dominante. Cette asymétrie constitue un frein majeur pour les nouveaux arrivants francophones dans la région de Moncton.

  • Nouveaux arrivants francophones :

Les discussions ont également fait apparaitre un autre aspect lié à la subsistance et à l’indépendance financière. Souvent confrontés à l’urgence de trouver un emploi, les nouveaux arrivants unilingues francophones s’aperçoivent assez vite que l’anglais est un atout évident pour leur intégration professionnelle. L’apprentissage de la langue anglaise apparait de facto comme une nécessité tant il est ardu de trouver des emplois unilingues français en dehors de quelques secteurs spécifiques dans la région de Moncton. Si la méconnaissance du combat historique de la population acadienne pour la défense du français fait qu’ils ne s’identifient pas toujours à cette lutte, certains nouveaux arrivants francophones témoignent néanmoins d’un sentiment de dévalorisation du français qui les motive à s’engager dans la défense et la promotion de cette langue. D’ailleurs, plusieurs participants francophones issus de l’immigration ont relevé que le français avait été un précieux atout pour eux dans leur processus d’immigration dans la province.

  • Nouveaux arrivants anglophones :

Les nouveaux arrivants anglophones dans le Sud-Est vivent quant à eux la situation inverse d’un point de vue linguistique. Étant locuteurs de la langue majoritaire, ils se retrouvent dans une position de confort qui leur permet de vivre et de travailler dans la région sans recourir au français. Ainsi, peu d’entre eux entreprennent son apprentissage. Ceux qui se lancent dans l’apprentissage du français affirment le faire pour créer des ponts et s’enrichir humainement mais aussi professionnellement étant donné qu’un certain nveau de bilinguisme est exigé pour occuper différents postes dans les fonctions publiques provinciale et fédérale. [2]

  • Les langues officielles comme passerelles :

Plusieurs voix ont toutefois insisté sur le rôle des langues officielles comme vecteurs de dialogue et d’ouverture. Des anglophones ayant appris le français par choix personnel ont témoigné de la richesse d’une telle démarche. Ils rejoignent sur ce point les nouveaux arrivants francophones, qui à leur arrivée ne perçoivent pas les deux langues comme concurrentes, mais plutôt comme complémentaires. La découverte de l’asymétrie entre les deux langues, du recul du français, causé entre autres par l’assimilation, et des tensions linguistiques locales changent parfois leur perception. Pourtant, la majorité des participants, notamment les personnes issues de l’immigration, a mis en avant une volonté de voir la langue comme un outil dont il faut se servir et non comme un signe distinctif ou une question politique.

  • Diversité linguistique plus large :

Les langues autochtones et les langues des personnes immigrantes ont également été mentionnées comme parties intégrantes du paysage linguistique, dans la mesure où elles viennent compléter la mosaïque des langues, des imaginaires, des cultures, et des façons de lire et d’écrire le monde. Ces langues jouent un rôle au quotidien et font s’épanouir des communautés et des cultures diverses en dépit du fait que ce ne sont pas des langues bénéficiant d’une reconnaissance officielle. Cependant, bien que non officielles, les langues autochtones bénéficient d’un statut particulier[3] qui favorise leur protection et leur promotion compte tenu de l’histoire et des menaces qui pèsent sur elles.

Conclusion

L’événement a confirmé que le bilinguisme au Nouveau-Brunswick est à la fois une richesse et un défi. Il invite à penser les droits linguistiques non seulement comme des garanties constitutionnelles et juridiques, mais aussi comme des pratiques sociales vécues qui évoluent au contact de la diversité. Il est intéressant de souligner que la perception du bilinguisme qu’ont les nouveaux arrivants se rapproche d’un bilinguisme personnel, imaginant une province ou tout le monde parle les deux langues officielles. Cela peut s’expliquer par le fait que beaucoup de ces personnes viennent de pays où ils ont grandi en parlant harmonieusement deux, voire trois langues. Or, le Nouveau-Brunswick, unique province officiellement bilingue du Canada[4], a une histoire particulière et jouit d’un bilinguisme institutionnel qui ne produit aucune obligation pour les personnes.

Dans cette perspective, l’Observatoire entend poursuivre sa mission de recherche, de veille et de diffusion afin de mieux comprendre et soutenir ces dynamiques, au bénéfice de toutes les communautés linguistiques.

Ibrahima Diallo, agent de projets.

 

[1] Loi sur les langues officielles, LRN-B 2002, c O-0.5, art 27.

[2]Loi sur les langues officielles, LRC 1985, c 31 (4e suppl), art 91.

[3] Loi sur les langues autochtones, LC 2019, c 23, art 1–5.

[4] Loi constitutionnelle de 1982, constituant l’annexe B de la Loi de 1982 sur le Canada (R-U), 1982, c 11, art 16.

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